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Algérie - université
Le professeur Ahmed Rouadjia passe au scanner les intellectuels et l'université algériens 

Tizi-ouzou, 19 mai 2009 (bms)- L'université algérienne et ses intellectuels ont été passés par un ''intraitable scanner'' du  professeur Ahmed Rouadjia de l'université de M'sila (Est algérien) pour révéler un résultat sans fards mais inquiétant, publié dans une contribution en deux parties par le journal El Watan.
    ''Faillite des universitaires ou faillite des universités ?'', est le titre de cette contribution publiée lundi et mardi où l'on ressent un certain dépit du professeur vis-à-vis d'une situation qui lui est imposée qu'il juge arbitraire et qu'il est juste de croire tant le professeur dégage dans ses écrits une rectitude morale évidente, un patriotisme authentique et un sens critique très constructif.
    Depuis le temps que son cas a été porté sur la place publique sans qu'il ne soit depuis réglé, il y a de quoi se mettre en colère.. Son cas traduit parfaitement la situation de nombreux intellectuels algériens authentiques qui ont peut être le ventre creux mais en tous cas la tête pleine refusant de surcroît de quitter pour autant leur pays. 
    Le texte d'Ahmed Rouadjia est à lire entièrement, mot par mot pour en mesurer la portée. Il n'est pas subjectif bien qu'on sente que son cas apparaît entre les lignes. Mais cvomme la jurisprudence en droit, Ahmed Rouadjia, a bien su traduire dans l'intérêt collectif ce qui lui est arrivé.
    Ce texte est recommandé surtout à ceux qui abusent de leurs pouvoirs alors qu'ils ont, grâce à leurs décrets ou arrêtés de nomination, la lourde mission de veiller sur l'avenir de leur pays, chacun dans le domaine qui est le sien. Lamana Rebbi, dit-on en Kabylie. Le texte du professeur est un miroir à tous ceux qui au nom de l'Etat qui les engraissent, se mettent au contraire à agresser leur compatriotes dans leurs droits, sans peut être s'en rendre compte, aveuglés qu'ils sont par leurs positions.
    Ce n'est pas à chaque fois au président de la république d'intervenir pour rétablir les gens dans leur droit. C'est à ceux qui abusent de leurs pouvoirs de s'en rendre compte et sauver leur conscience.
    Je n'ai pas besoin de vous faire un dessin pour vous faire comprendre que le texte d'Ahmed Rouadjia est certainement partagé par nombre de ses compatriotes. Ils sont certainement nombreux à être également dans son cas. Chacun se bat comme il peut contre cet arbitraire. La presse et l'internet sont les seules issues qu'ils utilisent pour le moment pour se défendre et faire partager leurs inquiétudes. 
   Ahmed  Rouadjia n'est pas seul. Il a notre solidarité comme on a besoin tous de la sienne. Tenez bon professeur et comptez sur nous en toutes circonstances! 
    - Faillite des universitaires ou faillite des universités ? (1ere partie )
    - Faillite des universitaires ou faillite des universités ? (2e partie et fin)

Belkacemi Mohand Said 
Kabylie.unblog.fr 
Information libre de tout droit
Morceaux Choisis 
    La dépolitisation puis la lâcheté qui lui fait cortège sont entre autres les deux maux dont souffrent nos universitaires. Elles sont la traduction fidèle d’une démission de l’esprit scientifique, critique et autonome. Elles témoignent aussi d’une perte du sens de la responsabilité et de la fonction de l’intellectuel en tant que producteur d’idées et de savoir au profit de la société qui en a besoin pour son progrès social et économique. La dépolitisation de nos universitaires, c’est-à-dire leur répugnance envers l’engagement social (actions syndicales, associatives, caritatives... ) a eu pour conséquences visibles à l’œil nu l’emprise croissante de l’administratif sur l’ensemble des aspects de la vie sociale et ce résultat n’a été rendu possible que grâce à la faillite de l’université, faillite attestée par la croissance quantitative au détriment du qualitatif.
    (...)
    Mais qu’on me permette à ce sujet d’être précis et personnel dans le but de dissiper les équivoques éventuelles : je ne suis ni contre l’administration ni contre « le pouvoir » en tant qu’institutions. Ceux-ci sont indispensables au désordre et à l’anarchie. Ce sont des régulateurs de l’ordre social et politique ; ils sont faits pour pacifier les rapports sociaux et protéger les citoyens contre les atteintes à leur sécurité et leurs biens. C’est le rôle premier de l’Etat. Or, la consolidation et la pérennité de celui-ci n’est pas seulement l’affaire de l’administration et de ses fonctionnaires (ministres, policiers, gendarmes, soldats, magistrats, avocats, postiers...), mais aussi l’affaire des maîtres d’école, d’éducateurs, d’enseignants universitaires, de journalistes et de citoyens ordinaires qui aiment leur pays. Ce contre quoi je m’élève cependant et m’indigne, c’est quand un gestionnaire responsable d’une institution ou un enseignant, par exemple, n’assume pas ses responsabilités et œuvre inconsciemment ou non à l’affaiblissement de l’Etat.
    (...)
    Critiquer le « pouvoir » ou les « pouvoirs » n’est pas synonyme d’antipouvoir au sens de le « détruire » ou de le remplacer par je ne sais quel autre type de pouvoir ; critiquer le pouvoir, c’est dénoncer les méfaits ou les pratiques nuisibles à son propre fonctionnement, c’est corriger, en quelque sorte, ses imperfections afin de le rendre plus efficace et plus conforme à la justice sociale et au respect du droit.
    (...)
    Mais l’un des traits distinctifs du penseur, de l’intellectuel digne de respect, c’est l’autonomie de la pensée vis-à-vis de tous les pouvoirs, les clans, les coteries et les partis politiques. Philosophe, penseur, puis cadi à Cordoue aux services des princes, Ibn Rochd avait gardé son esprit indépendant vis-à-vis d’eux malgré tous les avatars de la politique. Ibn Khaldoun, ambassadeur itinérant aux services des dynasties régnantes, n’avait jamais non plus renoncé à son esprit critique vis-à-vis de ceux dont il était l’éminence grise, comme en témoigne sa Muqaddima. Jean Paul Sartre était un critique littéraire, un homme engagé, qui n’avait pas hésite à se désolidariser du « pouvoir » français en dénonçant les méfaits de la colonisation française en Algérie, après avoir repoussé les distinctions et les honneurs... Les signataires français du Manifeste des 121 s’étaient montrés critiques et indépendants du pouvoir français en stigmatisant la politique de la terre brûlée conduite par l’armée coloniale en Algérie. 
    (...)
    Si nos universités ont failli à leurs missions essentielles cela tient en partie au fait que leurs gestionnaires ne sont pas élus démocratiquement par leurs pairs et selon des critères de compétence prouvés et avérés, mais sur la base de cooptation, de clientélisme et d’allégeance. On ne construit pas un Etat de droit, fort et respecté à l’intérieur et à l’extérieur de ses frontières, en substituant aux compétences les béni oui-oui et au droit véritable, les passe droits. 
    (...)
    La crainte de se voir s’abattre sur leur tête les foudres du « patron », leur fait plier l’échine et certains, comme nous avons pu l’observer en maints endroits, tremblotent de toutes leurs jambes à la vue de celui-ci. Cela me rappelle la peur qui saisit mon défunt père à la vue de Jacques Tavera, ce tortionnaire de la SAS (Section administrative spécialisée) quadrillant mon village du temps de la colonisation. Ce triste rapprochement n’est pas gratuit et ne relève pas de l’imagination. C’est une vérité d’autant plus cruelle qu’elle m’attriste et me chagrine. 
    (...)
    En tournant le dos à l’esprit de solidarité de leurs membres, ces universitaires font en fait le jeu des forces qui s’opposent au changement dans le sens de la démocratisation d e nos institutions et de l’émergence d’une élite intellectuelle, autonome et critique vis-à-vis du pouvoir. Et être critique vis-à-vis du pouvoir ne signifie nullement, comme certains esprits chagrins pourraient le penser, être contre l’Etat. Cela signifie seulement l’adoption d’une attitude vigilante, réfléchie et responsable, de manière à ce que ce pouvoir chargé de gérer les affaires publiques ne puisse faillir aux missionscent les lois de l’Etat. Critiquer, ce n’est pas dénigrer. Critiquer, c’est alerter, dire ce qui va et ce qui ne va pas aux fins d’améliorer les choses dans le sens du meilleur.
Ahmed Rouadjia