Kabylie-Matoub
Malika Domrane: Mise au point
à propos d'une interview accordée à La Dépêche
de Kabylie
Paris,
29 juin 2009 (bms)- Mes poings sur les i. Je
vous donne à lire l'article initial tel que je l'ai écrit
le 22 juin dernier en réponse aux questions du journaliste de La
Dépêche de Kabylie.
A la lecture de celui-ci,
stupéfaite, je déplore l'amputation perpétrée
à l'encontre de mon texte, geste sciemment calculé afin de
récupérer l'idée maîtresse. Je ne suis pas contente
car je trouve qu'il s'agit d'un acte de malveillance dans lequel j'ai été
volé et spolié de mon produit intellectuel.
En effet, dans mon texte,
pour qualifier Matoub et répondre à la question du secret
de la longévité, je me suis servie d'une idée dans
laquelle j'ai revu Matoub pensant aux qualificatifs pouvant le décrire
et l'identifier. Comme il s'agit du 11ème anniversaire de son assassinat,
j'ai éprouvé le besoin de compter 11 adjectifs qualificatifs
numérotés de 1 à 11 et même de pousser ma réflexion
jusqu'à mes souvenirs d'enfance, du temps du collège, rapprochant
les coups de boules de Matoub à ceux de Zidane.
Vous comprenez maintenant
ma peine, ma double peine: celle de la disparition de Matoub doublée
de celle de la disparition de l'idée maîtresse de mon texte.
Je tiens à vous rappeler
une autre malfaçon, datant du mois juin 2008, dans le même
journal sur la demande du même journaliste, j'avais publié
un article sur la mort de Matoub. Je vous dis un an après l'intensité
de ma déception à la lecture du titre dudit article: Un autre
titre extrait du texte avait été mis à la place de
mon titre originel longuement réfléchi:" le 10 ème
anniversassinat".
Cette année la même
manipulation se reproduit.
Franchement, je vous le dis
du fond de mon coeur, je n'aime les gens qui détournent les produits
des autres.
Ce jour, je retrouve dans
le même journal l'idée du jeu avec le chiffre 11 ailleurs
que dans mon texte alors qu'elle en était sa saveur et mon tour
de main, ma main magique.
Je revendique la maternité
de cette idée.
Qui peut guider une idée?
Qui l'a nidée et non
qui l'a vidée.
Paris le 25 juin 2009
Malika Domrane
Interview
- Vous avez connu Lounes depuis les années
70, que direz vous de cet homme?
- Je n'ai pas connu Matoub
dans les années 70. Par contre je l'ai rencontré pour la
première fois durant l'année scolaire 1968 -1969 alors que
j'étais en classe de 6ème au collège d'At-Douala.
Il était également en 6ème dans une autre classe.
Jusque là je ne le connaissais pas car moi-même je fréquentais
l'école primaire chez les Soeurs et lui chez les Pères Blancs.
C'était un garçon gentil, agréable de contact. Il
allait vers les autres et engageait facilement la conversation, en particulier
sur ses sujets de prédilection, comme par exemple la chasse aux
oiseaux : il aimait tendre les pièges aux étourneaux et revenait
satisfait de la bonne prise. Je me rappelle de lui dans la cour de récréation
donner les coups de boule aux garçons qui cherchaient la bagarre.
Maintenant, je peux dire qu'il n'y a pas que Zidane qui est connu pour
ses coups de boule. Je ne conteste ni l'attitude de l'un ni celle de l'autre,
bien au contraire j'approuve si celà est leur manière de
se défendre contre les insultes et les invectives.
A la fin de l'année
scolaire de la dite classe de sixième, je fus choisie par les professeurs
pour chanter, la porte était ouverte aux autres élèves
venus m'écouter et m'applaudir : Matoub, le petit garçon
était présent.
2- Quel souvenir gardez vous de lui ?
- La réponse est dans
la 1
3- Malgré sa disparition tragique, Lounes
demeure à travers son œuvre et son combat, selon vous, quel est
le secret de cette longévité?
- 1.généreux,
2. sincère, 3.naïf, 4.sensible. 5.entier, 6.attachant,
7.orgueilleux, 8.sage, 9. méticuleux, 10. convaincu, 11. visionnaire.
Matoub était un militant.
Matoub était poète. Matoub était artiste. Matoub c'était
tout ça, et ce sera tout ça. Quiconque voudrait changer quelque
chose ne changera que lui même. Matoub ne changera pas et personne
ne pourra le changer. Matoub n'est pas mort. Il ne mourra pas. Nul ne pourra
le tu-es, ni le tu-hais.
4- Avez-vous déjà pensé
à faire un duo avec lui, et si oui, pourquoi vous ne l’avez pas
réalisé ?
- Même si l'intention
y était tant de son côté que du mien, nous n'avons
pas chanté dans un vrai duo, bien que parfois nous nous soyons adonnés
à chanter ensemble dans des occasions spéciales. Nous nous
sommes donnés la réplique lors d'un gala à la salle
du Zénith de Paris en Janvier 1995.
De plus, de mon côté
j'étais sous contrat avec mon producteur, je ne pouvais donc me
produire librement.
Et enfin Matoub et moi-même, nous chantions
dans des registres différents et dans des styles de musiques différentes.
Donc nous ne pouvions nous rencontrer dans un duo.
Ceci n'excuse pas celà,
je pense que nous aurions pu, et même dû chanter en duo si
les circonstances étaient favorables et si nous nous étions
accordés pour donner l'importance et la valeur qu'aurait aujourd'hui
une telle initiative. Je ne savais pas que ses jours étaient comptés.
Je pensais qu'un jour je chanterai avec lui en duo et en réplique,
des chansons nouvelles et des chansons anciennes dans une reprise de certains
beaux chefs d'oeuvre. Malheureusement, le temps nous a contrariés.
Je le regrette aujourd'hui et j'en suis la première désolée
car en plus de la satisfaction personnelle, nous aurions satisfait également
les fans de la belle chanson kabyle.
5- Racontez nous votre rencontre?
- La réponse est dans
la 1.
6-Peut être une anecdote ?
- Lors d'un interrogatoire
de police, présente, j'ai entendu Matoub répondre au commissaire:
-
Connaissez-vous Kahina?
-
Oui
-
Qui est -elle?
-
Une belle jeune femme.
-
Que fait-elle?
-
Elle combat les ennemis. C'est la grande reine des Berbères. Je
l'ai rencontrée dans l'Histoire de mon pays.
Depuis, je l'aime et je ne la quitte plus.
Le commissaire s'emporta et présenta un stylo pour la signature
du PV. Matoub s'en saisit et signa son nom en lettres Amazighs. Le policier
fut fou de rage
Malika Domrane
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