Algérie-université
Quand le recteur de Msila perd la boussole et se laisse guider par la passion
véhémente…. (Ahmed
ROUADJIA)
Msila, 28 juin 2009 (bms)- Faut-il s'indigner ou compatir devant
le comportement peu ordinaire de Monsieur le recteur de l'Université
de Msila? Par quels mots, images ou métaphores, restituer les traits
les plus pertinents de sa physionomie réelle? Comment cerner
les contours physiologiques et psychologiques de ce personnage au discours
heurté? Sans verser aucunement dans la caricature, je dirai de manière
impartiale et vérifiable que c'est un homme hors norme, et si excentrique
qu'il détonne de manière frappante avec la normativité
ambiante.
Un entretien orageux
L'entretien fugace, mais orageux que j'ai eu
avec lui aujourd'hui 23 juin témoigne d'une situation kafkaïenne.
Je restitue cet entretien sous la forme dialoguée, mais de manière
exacte, fidèle, sans rajout :
-Bonjour Monsieur le recteur! Lui dis-je d'emblée avec un sourire sans
feinte.
-Je ne suis pas ton copain! Me dit le recteur. Je suis d'autant plus interloqué
et étonné par une telle réponse qu'elle n'a pas
de rapport avec la "familiarité", puisque je ne lui ai point
tapoté sur les épaules en manière d'amitié ni
tutoyé comme s'il était un familier…
- Assez –toi! m'ordonna-t-il d'un ton martial. J'obtempère. A ma gauche
se trouve un homme de forte corpulence, lourdement affaissé sur le
siège faisant face au recteur et qui paraît minuscule vis-à-vis.
C'était Monsieur Dhimi Ouali, vice-recteur chargé de
la pédagogie, et en face, à ma droite étaient assis
Lahcène Mezerag et Hocine Bensalhoub, respectivement vice-recteur chargé
de la recherche scientifique et chef du personnel en remplacement celui-là
de M. Aliya, promu l'année précédente par la grâce
du recteur, secrétaire général de l'université…J'eus
le sentiment d'être devant un tribunal, et non devant un homme de science.
Ces trois hommes étaient ramassés sur eux-mêmes comme
des feuilles de cactus, engoncés, les yeux baissés mais les
oreilles bien tendues aux voix criardes de leurs chefs, qui seul parlait
et gesticulait à n'en plus finir :
-Tu m'as salé! Tu m'as salé, sale! Salaud! Me dit le recteur
en répétant à qui mieux mieux la même phrase insultante…
-Un peu de sérénité , Monsieur le recteur, lui ai-je
rétorqué. .
-hé! ha! toi, qui te te prétends un intellectuel nazih ( intègre),
toi, tu m'as salé! Hé , oui, tu m'as salé! Hi! Hé!
Ha! Toi, intellectuel…
-Je vous prie de garder votre sang-froid, Monsieur le recteur, lui dis-je.
-toi, ça suffit! Oh! Bah! Me fit-il, puis sa voix monte crescendo,
les mots dans sa bouche se mélangent, se heurtent, s'entrechoquent,
se font monosyllabiques, avant de devenir complètement inaudibles.
-Tu veux ton salaire, tu viens pour ton salaire? Me gronde-t-il
-Oui, Monsieur le recteur, pour mon salaire, et pour les arriérés
de mon salaire, mais aussi pour ma réintégration conformément
aux instructions de Monsieur le Ministre…
-Bah! Bon, ben, tu me fais une demande pour ça! Me fit-il d'un un
ton cassant.
-Je peux vous la faire sur le champ, cette demande, Monsieur le recteur, lui
répondis-je
-Ah! Non, non! Pas ici! Pas ici! Pas maintenant! Vous la faites, mais pas
ici! Puis il revient à la charge:
-Hé! Toi, tu m'as salé! Hein? Oui, tu m'as salé!
L'impossible maîtrise
des instincts agressifs
Derrière son immense bureau,
le recteur s'agite avec des yeux de halluciné; ils roulent dans leur
orbite, et parfois, ils semblent exorbités, tant la colère
l'étouffe; il retrousse sans cesse ses manches comme s'il voulait
en découdre, caresse son stylo, tripote une feuille de papier à
moitié froissée; il se trémousse tout en regardant l'écran
à sa droite (une caméra) qui fait office d'une sorte d'œil
de l'Argus et par lequel il surveille le mouvement extérieur
des enseignants et des étudiants…
Et lorsque il me jette des regards de feu, je vois des
rictus nerveux se former sur son visage tendu, crispé, et torturé
pendant que son front se plisse et ses sourcils se froncent comme pour signifier
sa colère contre moi, moi qui l'aurait "salé" par mes écrits…Sa
calvitie naissante et ses petites moustaches vibrantes de nervosité
lui confèrent, lorsqu'il s'énerve et hausse le ton, une allure
fort inquiétante tant le personnage paraît mal maîtriser
ses passions et ses instincts pulsionnels…
Vous le priez de vous entendre une minute? Il vous coupe
net. Vous essayez de lui répondre? Il ne vous écoute pas. Vous
parlez tout doucement? Il vous parle non seulement de plus en plus fort,
mais d'une manière si hachée et si saccadée que vous
n'arrivez plus ni à le suivre ni à entendre ce qu'il dit. Il
donne l'impression de s'imposer et d'en imposer non par le dialogue et l'écoute
partagé, mais par la force "brute" des mots et des phrases à
l'emporte-pièce. C'est en ce sens qu'il est "original", hors norme…
Mais avec un tel personnage instable et mouvant comme
le sable de mon désert, la science, l'échange d'idées
et la confrontation pacifique des opinions ne trouvent point de place. Vouloir
discuter science, projet de recherche, management, capitalisation du savoir,
relève dans ce contexte de l'inanité pure et simple, et l'on
comprend aisément pourquoi l'université de Msila souffre cruellement
d'absence d'une revue scientifique ou d'un forum où se brasseraient
idées et découvertes heuristiques…
Je reviens à mon entretien avec le recteur et que
j'aurais souhaité "civilisé", respectueux, faisant table rase
du passé" et ouvrant une page sur l'avenir….Il n'en fut rien. Un jour
Céline avait qualifié Sartre de "l'agité du bocal",
lors d'un duel littéraire. Faut-il appliquer cette épithète
à mon recteur?
Fuite éperdue
par les toilettes….
Je suis toujours assis. J'attends qu'il
me laisse proférer seulement une phrase. Rien n'y est fait.
Je n'ai pas réussi à placer un seul traître mot. Décontenancé,
et de guerre lasse,je me lève et je dis :
- merci Monsieur le recteur et au revoir…Je file tout droit pour sortir, mais
je me fourvoie, je me trompe d'issue et je débouche enfin sur les
WC situés juste en face…Je tourne le poignet, la porte grince avant
que la voix du recteur ne se fasse entendre :
-Hé! Toi! Où vas-tu? Ce sont les toilettes par là! .
Les autres se mettent à rire de moi sous cape…Moi, penaud, et me sentant
ridicule, je tourne en rond comme lion en cage , à la recherche
de la porte de sortie que je trouve enfin avant de m'en aller comme
un "voleur".
Dehors, je pousse un "ouf" de soulagement et hume l'air de la liberté
soudain retrouvée…
Le roman d'un guet-apens
Pour saisir le piège où je
me suis fait prendre ce 23 juin 2009, je me dois de faire une régression.
Une sorte de rétrospective : Les 20, 21, 22 et 23 juin, j'ai reçu
de M. Lahcène Mezrag des coups de téléphone successifs.
Le premier coup de fil était une sorte de sondage. Il voulait savoir
où j'en étais, et si le Ministère avait décidé
ou non de ma réintégration…Il voulait savoir ce que je faisais
et ce que j'envisageais de faire. En fait, il prêchait le faux pour
savoir le vrai…C'était une sorte d'espionnage de gardiennes, tel que
pratiqué par les vieilles concierges d'Immeubles de Londres et de
Paris…Au cours des coups de fils suivants, la démarche n'était
plus tellement au sondage, mais à l'invite de passer à l'université
pour signer la décision de ma réintégration avec encaissement
de mes douze mois de salaires "bloqués" au motif de diffamation …Le
22, et le 23 juin à 9heures 24 du matin, il me rappelle pour me dire
: "le président te demande de passer au bureau du personnel pour signer
la décision de réintégration…Il voudrait aussi s'entretenir
avec toi…"
-Pourquoi voudrait-il s'entretenir avec moi? Lui demandai-je.
-Parce qu'il voudrait t'expliquer des choses que tu ignores…Tu sais, c'est
pas lui, ça vient pas de lui, ta suspension…
-Ah! Bon! de qui donc est-elle venue? Du Ministère?
-Je peux pas te le dire…Tu sais, il y a une coïncidence incroyable…je
te dirai pas ça au téléphone…
-C'est quoi la "coïncidence"? Lui dis-je.
-Je te le dirai plus tard, mais viens d'abord signer…
-Je viens signer, mais si je ne reçois pas une convocation écrite
et motivée de la part du président, je ne peux monter comme
ça le voir, dans son bureau…
-Mais si, mais si, tu peux…me dit il
-Et si tu montais avec moi chez lui?
-Ah! Non, jamais, tu vas seul! Me dit-il sur un ton effrayé…
-Bon, je verrai après passage au bureau du personnel…
-On t'attends…
-Le Ministère vous a bien donné le feu vert, lui dis-je, pour
ma réintégration?
-Ce n'est pas le Ministère qui te réintègre, c'est le
président, c'est lui et lui seul qui décide ou non de ta réintégration…s'il
ne veut pas, il peut non pas signer…
-Oh! Répètes, s'il te plaît, je n'ai pas bien entendu!
lui dis-je, avant d'ajouter : bon, je vais téléphoner au Ministère
pour vérifier la véracité de ton information, et je
te rappelle tout de suite…
-Ah! Non! s'il te plaît, ne pas faire ça! Tu ne m'as pas
compris, je voulais dire que la décision doit être signer par
le président, alors vient signer tes documents au bureau du personnel
avant de passer le voir, si tu veux, mais tu n'es pas obligé de le
faire…d'aller le voir dans son bureau….
Vers 15heures, je monte en compagnie d'un groupe de collègues
enseignants au bureau du personnel. Nous sommes reçus par M. Hocine
Bensalhoub, qui nous dit ne pas être du tout au courant de la décision
ministérielle et que le recteur ne lui a donné aucune consigne.
Néanmoins, il se propose de lui téléphoner pour en savoir
plus. Il sort dehors, passe un coup de fil comme en catimini, et revient
pour me dire : Monsieur le président te demande de monter seul le
voir dans son bureau…
-Pourquoi monter le voir si je pouvais signer mes documents chez vous, s'il
consentait à vous donner les instructions en ce sens? Lui ai-je rétorqué.
-Mais vous pouvez monter le voir quand même…
-Mais je redoute un peu ses réactions et risquerait peut-être
de s'emporter, lui ai dis-je…
-Non, vous ne risquez rien, je vous assure…
Bien que les collègues m'aient vivement déconseillé
de le faire, j'ai pris le risque de monter voir mon président avec
l'espoir qu'il m'accueillerait avec le sens de la responsabilité qui
sied à son rang de chef d'établissement scientifique. Je me
disais aussi, en montant les marches du rectorat, que par respect de l'autorité
ministérielle qui a su trouver un compromis intelligent dans lequel
il n'y a ni vainqueur ni vaincu, M. Le recteur serait disposé à
m'entendre, et vice versa. On passerait tous les deux l'éponge sur
nos querelles anciennes en ouvrant une page nouvelle dans nos relations que
des malentendus avaient empoisonnées….Le résultat fut malheureusement,
comme décrit, l'inverse de ce que j'avais espéré…
Les béni oui-oui,
ya sidi
Personnage psychiquement fragile, acariâtre
comme le chameau de mon feu père, irascible, un écorché
vif, cultivant plus l'autoritarisme que l'autorité qui procède
du prestige, de la suggestion et de l'art de communication, mon recteur n'a
pas réussi à faire le consensus autour de sa personne, et les
seuls individus dont il s'est entourés et qui lui vouent de
facto une obéissance inconditionnelle ne représentent nullement
les meilleurs de notre université qui recèle des compétences
éparpillées et marginalisées en grand nombre. Comme
pour se protéger contre je ne sais quelle force maléfique ou
nuisible au sein de l'université, mon recteur de Msila - que Dieu
l'assagisse -n'a pas trouvé mieux que de s'entourer de personnes-
des béni oui oui, ya sidi-, et dont le seul mérite est de glorifier
les actes et les paroles du "président" tout en magnifiant ses réalisations
présumées "glorieuses", comme en témoigne la pétition
au forceps organisée en sa faveur…Le côté pathétique,
voire tragi-comique, réside dans cette relation sado-masochiste qui
lie le chef à ses "collaborateurs subordonnés", lesquels gobent
sans brancher toutes les avanies, tandis que le chef se réjouit à
l'idée de faire avaler matin et soir de grosses couleuvres à
ces mêmes protégés! Comment peut-on faire avancer la
science qui va de pair avec l'autonomie de la volonté et l'esprit
critique en enfermant l'université dans un rapport de subordination
de type féodal?
Comment créer une civilisation respectueuse d'elle-même
quand elle aliène son honneur et sa dignité? Comment parler
de l'honneur de la nation, de la "virilité" supposée de l'Algérien
quand l'universitaire censé représenté le gratin de
la nation s'abaisse à ce point et s'aplatit comme un vers de terre?
Comment s'accommoder avec l'humiliation lorsque nous avons sacrifié
un million et demi de martyrs pour secouer justement les chaînes de
la dépendance et de la servilité? Il est anormal, absurde,
contraire à nos valeurs ancestrales qu'un algérien, quel que
soit son statut ou son rang, domine un autre algérien et l'humilie
de cette manière? Il est tout aussi absurde et honteux qu'un homme
qui se dit "algérien et fier de l'être" courbe l'échine,
fait mille courbettes à son chef dans le seul but d'obtenir ses bonne
grâces, ses faveurs, ou des gratifications d'ordre matériel
ou symbolique…
Enfin, les grands hommes, et surtout les hommes cultivés,
se font obéir et respecter plus par la suggestion, l'intelligence
que par la baguette. Certes, on peut user de la baguette pour domestiquer
les rétifs, mais cette méthode est désuète et
peut se retourner contre son propre usager. Elle est improductive….
Ahmed ROUADJIA
Kabylie.unblog.fr
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